Ce mercredi matin, les premiers volontaires du service national, accueillis par le 19e régiment du génie, ont officiellement signé leur contrat. Venus notamment de Marseille et de l’ouest de la France, ces 26 jeunes découvriront pendant dix mois la formation militaire, les métiers du génie et la vie d’une unité opérationnelle.
Quelques secondes avant de devenir officiellement des « sapeurs d’Afrique », les 26 jeunes volontaires étaient invités à mesurer la portée de leur décision. Réunis au 19e régiment du génie, à Besançon, ils ont signé leur contrat d’engagement pour une durée de dix mois. Les nouvelles recrues ne sont pas uniquement originaires de la région. Le groupe rassemble notamment des jeunes venus de Marseille et de l’ouest de la France. Des parcours et des horizons différents qui devront désormais se rejoindre autour d’une même formation et d’un engagement commun.
« C’est un moment symbolique et j’aimerais que vous en profitiez », leur a lancé le colonel Guillaume Levasseur, chef de corps du 19e régiment du génie. Celui-ci ne cache pas son « immense fierté » de voir une partie de la jeunesse choisir de servir sous l’uniforme. Cette signature marque le début d’un parcours au cours duquel les volontaires vont progressivement découvrir les exigences de la vie militaire, les compétences du combattant et les différentes spécialités du génie.
L'interview de la la rédaction : Colonel Guillaume Levasseur
Un mois de formation initiale
Les jeunes commenceront par un mois de formation initiale du soldat. Ils apprendront les règles essentielles de la vie militaire, les codes de l’institution et les premiers savoir-faire du combattant. Une deuxième période, plus technique, sera ensuite consacrée aux métiers du génie. Les volontaires pourront alors être répartis dans différentes compagnies, selon leurs aptitudes, leurs centres d’intérêt et les besoins du régiment. Ils seront notamment initiés au maniement des armes et aux tactiques élémentaires. Ils devront apprendre à trouver leur place au sein d’un dispositif et à évoluer avec un groupe de combat. Le régiment entend également leur transmettre le goût de l’effort et du dépassement de soi.
La progression sera adaptée au niveau physique de chacun. « On ne naît pas soldat, on le devient », a rappelé le colonel Guillaume Levasseur. L’encadrement, constitué de personnels expérimentés du régiment, doit accompagner chaque volontaire dans son apprentissage. L’instruction est annoncée comme exigeante, mais également progressive et bienveillante. « Le moral pourra connaître des hauts et des bas. Accrochez-vous et serrez-vous les coudes », a conseillé le chef de corps aux jeunes avant la signature des contrats.
L'interview de la la rédaction : Colonel Guillaume Levasseur
Une possible mission de protection
Si la programmation opérationnelle le permet, les volontaires pourraient participer à une mission de protection sur le territoire national. Cette première expérience opérationnelle devrait constituer l’un des moments marquants de leur parcours. Ils pourront ensuite intégrer différentes compagnies et découvrir au plus près le quotidien des militaires du 19e régiment du génie. Avec environ 1.360 personnels et de nombreuses spécialités, l’unité constitue à la fois un outil de combat, une importante organisation et une communauté humaine.
« Un régiment, c’est une équipe soudée qui s’entraide dans l’adversité », insiste le colonel Guillaume Levasseur. La formation ne se limitera donc pas à l’acquisition de techniques. Elle devra aussi permettre aux jeunes de développer l’esprit de corps, la solidarité et la camaraderie. Au fil des exercices et des difficultés rencontrées, des liens particuliers devraient se créer entre des volontaires qui ne se connaissaient pas avant leur arrivée. Ils vont apprendre à se découvrir dans l’épreuve et à développer des liens de fraternité, espère le chef de corps.

Une décision mûrement réfléchie
Parmi les nouveaux engagés figure Romain. Avant de signer, le jeune homme explique avoir longuement pesé le pour et le contre et beaucoup échangé avec ses parents et sa famille. « Ce que je recherche en rejoignant le service national, et plus largement l’armée, c’est un véritable environnement de respect », confie-t-il. Il souhaite trouver une hiérarchie structurée, dans laquelle les ordres donnés ont un sens, mais également acquérir des compétences susceptibles de lui servir à l’avenir. Son arrivée au régiment marque pour lui le début d’une période de découverte. Dès le lendemain de la signature, les jeunes doivent recevoir leur paquetage et entrer plus concrètement dans la vie militaire. Romain envisage déjà de prolonger cette expérience. Son objectif est de poursuivre son engagement au sein du 19e régiment du génie après les dix mois de service national. « Si je suis retenu, ce sera avec grand plaisir que je continuerai mon parcours dans ce régiment », affirme-t-il.
L'interview de la rédaction :
« Donner le meilleur de soi-même »
Pour Yanis, cette signature revêt une dimension familiale particulière. Soutenu et encouragé par ses proches, il s’est ensuite tourné vers le Centre d’information et de recrutement des forces armées, le Cirfa, afin de construire son projet. « C’est familial, donc cette signature représente pour moi un très grand moment », explique-t-il. Son engagement ravive des souvenirs liés à sa famille et prolonge une histoire personnelle avec l’institution militaire. Comme Romain, Yanis se dit déjà prêt à envisager la suite. Interrogé sur son état d’esprit au moment de rejoindre le régiment, il répond sans hésiter : « Je suis content d’être là . Il faut donner le meilleur de soi-même".

Plusieurs possibilités après les dix mois
À l’issue de cette période, plusieurs orientations seront possibles. Les jeunes pourront rejoindre l’armée comme engagés volontaires, intégrer la réserve opérationnelle ou retourner à la vie civile en devenant des relais de l’esprit de défense. Le temps passé au titre du service national pourra être pris en compte pour ceux qui choisiront de poursuivre leur carrière militaire. Le 19e régiment du génie, qui dispose de nombreuses offres d’emploi, espère naturellement convaincre certains volontaires de rester dans ses rangs. Aucun objectif chiffré de recrutement n’a cependant été fixé. « Je n’ai pas de contrat de conversion de ces jeunes en engagés volontaires », précise le colonel Guillaume Levasseur. Le régiment veut avant tout leur proposer une expérience susceptible de servir de tremplin.
Pendant dix mois, ces volontaires venus de différentes régions devront apprendre à vivre collectivement, à assumer de nouvelles responsabilités et à se dépasser. Pour Romain, Yanis et leurs camarades, la signature du contrat constitue désormais le premier acte concret de cette nouvelle vie sous l’uniforme.
L'interview de la la rédaction : Colonel Guillaume Levasseur
Plus grand régiment de la Force opérationnelle terrestre, le 19ᵉ Régiment du Génie détaille sa feuille de route entre transformation interne, innovations et engagements opérationnels soutenus. Le 19ᵉ RG, qui compte près de 1800 hommes et s’étend sur trois zones Besançon, Mourmelon et Canjuers, a dévoilé ses perspectives pour les mois à venir : réorganisation organique, avancées majeures dans le génie de combat – du franchissement aux drones en passant par la robotique – et montée en puissance de la réserve. Le régiment reste le plus important de la Force opérationnelle terrestre (FOT) et l’un des plus sollicités en opérations extérieures comme sur le territoire national.
Organisation : retour de la 11ᵉ compagnie et création d’une 6ᵉ compagnie de réserve
L’année 2025 marque un tournant pour la structure interne du 19ᵉ RG. La 11ᵉ compagnie d’instruction est recréée afin de renforcer la formation des jeunes recrues, dans un contexte de fort renouvellement des effectifs. En parallèle, le régiment crée une 6ᵉ compagnie de réserve, cette fois spécialisée dans les savoir-faire essentiels du génie : franchissement, travaux lourds, appuis techniques. Cette montée en puissance s’accompagne d’un élargissement des partenariats et d’un ancrage territorial renforcé.
L'interview de la rédaction : le Colonel Clément Torrent
2025, une année d’engagement intense en France et à l’étranger
Le 19ᵉ RG affiche en 2025 un taux d’engagement dépassant 35 % de ses effectifs en posture opérationnelle – un record dans l’armée de Terre. Des opération ont été menées en Roumanie, un engagement continu depuis 2022, à Mayotte, au cœur de la reconstruction post-cyclone et au Liban et en Estonie. En France, le régiment a assuré des missions régulières dans le cadre de Sentinelle, des renforts importants dans la lutte contre les feux de forêt, avec la mission Héphaïstos et des travaux structurants sur plusieurs camps militaires.

2026 : trois exercices majeurs pour préparer la haute intensité
L’année 2026 s’annonce déterminante pour la préparation opérationnelle du 19ᵉ RG. Ainsi, l’opération Servus 2026 réunira 250 militaires, dont la moitié issus de la réserve, en Alsace. Il sera conçu et commandé par des officiers de réserve, signe de leur montée en responsabilité. Par ailleurs, 500 sapeurs seront déployés durant trois semaines sur le camp de La Courtine, pour un entraînement complet de l’ensemble des compagnies. Enfin, Orion 2026, en appui au franchissement dans un exercice national. Le 19ᵉ RG apportera ses capacités de franchissement sur un dispositif s’étendant de l’Yonne à la Marne.
Innovations : franchissement léger, fortifications discrètes, drones et robot déminage
Le régiment mène plusieurs projets qualifiés de « game-changers » pour le génie de combat. Dans le cadre des opération de franchissement nouvelle génération, afin de créer des moyens plus légers, montables à la main, nécessitant très peu de personnel, mais capables de supporter des véhicules lourds. Des industriels viendront prochainement présenter leurs solutions modulaires en matériaux plastiques. Le domaine de la fortification. Le 19ᵉ RG explore de nouveaux matériaux permettant de fortifier des positions plus vite et en réduisant la signature visuelle. Le régiment travaille également au déploiement de drones pour la reconnaissance. Enfin, le robot de déminage est dans les cartons. Le 19ᵉ RG est l’un des deux seuls régiments en France à disposer du nouveau système robotisé de dépollution. La mise en service opérationnelle est en cours.
L'interview de la rédaction : le Colonel Clément Torrent
Ressources humaines : 200 jeunes formés chaque année et une réserve dynamique
Avec un turnover de 15 à 20 %, le 19ᵉ RG forme environ 200 jeunes par an au sein de cinq formations initiales de douze semaines. La réserve opérationnelle, forte de 370 personnels, se distingue par une forte proportion d’étudiants, attirés par la souplesse et la diversité des missions. Le régiment doit recruter 80 à 100 réservistes par an pour maintenir ce niveau. Comme le rappelle le Colonel Clément Torrent, « Le réserviste d’aujourd’hui peut partir au Liban ou en opération intérieure comme n’importe quel sapeur d’active. ». Le 19ᵉ RG entretient par ailleurs des liens privilégiés avec huit Classes Défense de l’académie de Besançon, renforçant ainsi son ancrage local.
Les 24 et 25 mai derniers, respectivement de 14h à 19h et de 9h à 18h, le 19ᵉ régiment du génie, basé rue Max Vuillemin, à Besançon, accueillera le public pour ses Journées Portes Ouvertes, une occasion unique de découvrir ses missions et son savoir-faire. À travers des stands et des démonstrations dynamiques, les visiteurs pourront échanger avec les sapeurs d’Afrique et participer à des ateliers immersifs. Une cérémonie militaire aura lieu le samedi 24 mai à 18h00. Elle sera marquée par la remise de la médaille d’or de la Défense Nationale avec étoile de bronze, en hommage aux actions menées durant l’opération Barkhane.
Ce lundi matin, à la Citadelle de Besançon, le Colonel Torrent s’est vu confier le commandement du 19è régiment du génie. Il succède au colonel Gaétan Clin, qui était à sa tête depuis 2 ans. Le Colonel Clin devient le chef d’état-major du génie. Pour officialiser cet instant, 450 militaires étaient présents. Les autorités en ont également profiter pour saluer le travail et le professionnalisme du Colonel, qui a notamment contribué à renforcer le savoir-faire du Génie, notamment lors des opérations extérieures.

Le Colonel Torrent y voit une nouvelle étape dans sa carrière. Il fait bien volontiers un lien avec l’évènement qui reste encore fièrement gravé dans sa mémoire. Il y a 20 ans, il défilait sur les Champs-Elysées. « Un point extrêmement important dans la vie d’un officier, que beaucoup attendent » explique-t-il. Le parcours de cet homme, âgé de 41 ans, est riche et exemplaire. Depuis de très nombreuses années maintenant, il consacre sa vie à son pays et pour la paix. Il a participé, sous le drapeau tricolore, à de nombreuses opérations, qui l’ont emmené au Kosovo, en Côte d’Ivoire, en Afghanistan et en Roumanie.

« C’est un engagement qui remonte à l’adolescence. C’est à cet instant que mes idées se sont réalisées « explique le Colonel, qui rappelle que ce parcours s’est construit en famille et avec des subordonnés, qui ont accompagné cette évolution. « C’est une aventure collective, qui commence individuellement, mais qui finit collectivement. C’est une belle carrière que celle-là » conclut le Colonel Torrent.
L'interview de la rédaction / Le Colonel Torrent
