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Comment continuer à soigner, accompagner et maintenir les solidarités dans une société vieillissante, confrontée à la baisse de la natalité et à la fragilisation du système de santé ? C’est autour de cette question que se sont tenues à Dijon puis à Besançon deux journées de débats démocratiques régionaux intitulées « Qui prendra soin de nous demain ? ». Organisées conjointement par le CESER Bourgogne-Franche-Comté et l’Institut pour la prévention des vulnérabilités liées à la santé (IPVS), ces rencontres s’inscrivent dans le cadre des États généraux de la bioéthique pilotés par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE).

L'interview de la rédaction : Elise Moreau, présidente du CESER (Conseil économique, social et environnemental de Bourgogne Franche-Comté) 

Une réflexion sur le modèle de société de demain

« C’est une première régionale, mais avec une portée nationale », souligne Élise Moreau, la présidente du CESER. Pour elle, cette initiative répond à une transformation profonde de la société : allongement de la durée de vie, progrès de la médecine, augmentation des maladies chroniques et multiplication des situations de vulnérabilité. « Cela questionne la soutenabilité de notre système de santé, mais aussi notre vision de l’avenir et de la société que nous voulons construire », insiste-t-elle. Trois grands enjeux structurent les débats : la responsabilité sociale de la médecine, la soutenabilité du système de santé et l’avenir des solidarités. L’objectif : faire émerger collectivement des pistes de réflexion sur le modèle de soins et d’accompagnement souhaitable pour les décennies à venir.

L'interview de la rédaction : le Professeur Régis Aubry, président de l'Institut pour la prévention des vulnérabilités liées à la santé 

« La science va plus vite que notre capacité à suivre ses effets »

Chargé de mission par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) pour animer cette réflexion dans le cadre des États généraux de la bioéthique, le professeur bisontin Régis Aubry rappelle que ces consultations citoyennes précèdent chaque révision des lois de bioéthique, organisées tous les sept ans. « La France est le premier pays à s’être doté de lois de bioéthique pour encadrer les avancées de la médecine », rappelle-t-il. « La science va souvent plus vite que notre capacité à suivre ses effets ».  Habituellement centrés sur des sujets comme la procréation médicalement assistée, les greffes, la génétique ou les neurosciences, les États généraux intègrent cette année un nouveau thème : les vulnérabilités liées à la santé. Pour Régis Aubry, les progrès médicaux ont profondément changé la donne : « Nous avons aujourd’hui des millions de personnes vivant avec des fragilités liées à leur santé, aux conséquences de leur maladie ou des traitements. »

« Plus de personnes âgées, moins de professionnels »

Au fil des échanges, un constat revient avec insistance : la transition démographique bouleverse déjà l’organisation des soins. « Demain, il y aura probablement moins de professionnels de santé, plus de personnes âgées et davantage de malades », prévient le professeur Aubry. Une réalité liée à la baisse du nombre de jeunes, mais aussi à une perte d’attractivité des métiers du soin. Le médecin refuse toutefois une vision uniquement pessimiste du vieillissement : « On n’a jamais eu autant de sexagénaires, septuagénaires et octogénaires en aussi bonne forme », observe-t-il, estimant que ces générations peuvent jouer un rôle majeur dans le maintien des solidarités.

L'interview de la rédaction : le Professeur Régis Aubry, président de l'Institut pour la prévention des vulnérabilités liées à la santé 

La Bourgogne-Franche-Comté en première ligne

La région Bourgogne-Franche-Comté apparaît comme un territoire particulièrement exposé à ces évolutions. Vieillissement accéléré, baisse de la population et désertification médicale y sont déjà très visibles, notamment dans les territoires ruraux. « La Bourgogne-Franche-Comté est malheureusement pionnière de cette réalité démographique », note Élise Moreau, évoquant une situation observée depuis plus d’une décennie.

Les difficultés d’accès aux soins dans des départements comme la Nièvre ou la Haute-Saône ont largement nourri les discussions. Pour Régis Aubry, ces problématiques montrent justement les limites des réponses uniformes. « Il faut des règles, mais aussi de la souplesse pour les adapter aux territoires », défend-il. Selon lui, les solutions aux déserts médicaux ne pourront pas être uniquement nationales, mais devront s’appuyer sur les réalités locales et les dispositifs existants.

Une parole ouverte aux citoyens

L’une des originalités de ces débats réside dans leur format participatif. Experts scientifiques, professionnels de santé, représentants associatifs, étudiants en médecine, lycéens et simples citoyens ont été réunis autour d’ateliers thématiques destinés à faire émerger des propositions concrètes. Les contributions recueillies à Dijon et Besançon doivent désormais être synthétisées avant d’être transmises dans le cadre des États généraux de la bioéthique. « Le propre de l’éthique, c’est de poser collectivement les bonnes questions », résume Régis Aubry. Une manière, peut-être, de commencer à dessiner les contours du soin et des solidarités de demain.