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Une figure du football français de passage à Amancey

Ancien arbitre international, Michel Vautrot a marqué l'histoire du football français et mondial. Ce samedi, à l'invitation de Jean-Claude Grenier, président de la Communauté de communes Loue-Lison, il était présent au bar-restaurant « Le Champ des Lys » à Amancey pour présenter son ouvrage « Libre arbitre, le roman d'une vie hors du commun » et échanger avec le public. Aux côtés de Philippe Maréchal, maire d'Amancey et vice-président de l'intercommunalité, l'ancien homme en noir est revenu sur un parcours exceptionnel qui l'a conduit des terrains régionaux aux plus grandes compétitions internationales.

L'interview de la rédaction : Michel Vautrot 

Un destin hors du commun

Le livre retrace plus de cinquante années consacrées à l'arbitrage. Une trajectoire d'autant plus remarquable que Michel Vautrot n'a jamais été joueur de football. Une maladie durant son enfance l'a éloigné des terrains et même des bancs de l'école pendant près de deux ans. Ce handicap n'a pourtant jamais entamé sa passion pour le ballon rond. À force de travail et de détermination, le Franc-Comtois est devenu l'un des arbitres les plus respectés de sa génération.

Son palmarès est impressionnant. Il a dirigé les plus grandes stars du football mondial, de Pelé à Diego Maradona, en passant par Michel Platini ou Marco Van Basten. Recordman des finales de Coupe de France avec cinq finales dirigées, dont trois consécutives, il a également été élu dix fois meilleur arbitre français de la saison par France Football et sacré à deux reprises meilleur arbitre du monde. Après sa carrière sur les terrains, il a poursuivi son engagement au service de l'arbitrage en devenant président des arbitres français et membre de plusieurs commissions de la FIFA et de l'UEFA. Il a notamment participé à la création de la Direction technique de l'arbitrage.

Le témoignage d'une vie

Longtemps, Michel Vautrot a refusé d'écrire son histoire. Encouragé par ses proches et par l'historien du football Alexandre Joly, il a finalement accepté de se confier. Pour rédiger cet ouvrage, il s'est appuyé sur une abondante documentation personnelle composée d'articles de presse, d'interviews et d'archives accumulées tout au long de sa carrière. L'ancien arbitre y raconte ses matchs les plus marquants, les coulisses du football de haut niveau, mais aussi les moments plus difficiles qui ont jalonné son parcours.

 

Un regard critique sur le football moderne

À 81 ans, Michel Vautrot conserve un regard très attentif sur l'évolution du football. Sans nostalgie excessive, il s'interroge toutefois sur certaines transformations du jeu. L'assistance vidéo à l'arbitrage (VAR) fait partie des sujets qu'il aborde dans son livre. Il estime que la technologie a profondément modifié la relation entre l'arbitre et le jeu. Il regrette également certaines évolutions observées lors des grandes compétitions internationales. Les interruptions commerciales déguisées en pauses fraîcheur, l'omniprésence de la technologie et l'évolution du spectacle footballistique sont autant de sujets qu'il analyse avec franchise. Selon lui, le football a perdu une part de sa spontanéité et de son caractère humain. Pour autant, Michel Vautrot reconnaît que les arbitres actuels doivent faire face à une pression médiatique et sportive bien supérieure à celle de son époque.

L'interview de la rédaction : Michel Vautrot 

Lever le voile sur « l'affaire des portables »

L'ouvrage permet également à l'ancien arbitre de revenir sur un épisode douloureux de sa carrière : « l'affaire des portables », qui avait fortement terni la fin de son parcours avant qu'il ne soit totalement réhabilité. Vingt ans après les faits, Michel Vautrot livre sa version de cette affaire et souhaite apporter un éclairage personnel sur cet épisode qui l'a profondément marqué.

Un homme attaché à ses racines

Au-delà du football, le livre révèle un homme profondément attaché à ses origines rurales. Michel Vautrot revendique avec fierté ses racines franc-comtoises et les valeurs héritées du monde agricole : le travail, l'honnêteté, la simplicité et le respect de la parole donnée. Des principes qui ont guidé toute sa carrière et qu'il continue de défendre aujourd'hui lors de ses rencontres avec le public. À travers « Libre arbitre, le roman d'une vie hors du commun », Michel Vautrot ne se contente pas de raconter l'histoire d'un arbitre. Il livre le témoignage sincère d'un homme qui a traversé un demi-siècle de football et dont le parcours demeure unique dans l'histoire du sport français.

Après Abdel Ghezali et Marvin Martin, troisième épisode aujourd’hui de l’Euro de Plein Air. Cette fois, c’est l’ancien arbitre professionnel Michel Vautrot, qui s’est prêté au jeu. Ce dernier connaît bien la compétition pour y avoir notamment arbitré la finale en 1988.

Michel bonjour. Tout d’abord, comment es-tu entré dans le monde du football ? Quels en sont tes premiers souvenirs ?

Bonjour. Il faut savoir que je suis arrivé de manière un peu étrange dans le monde du foot. Enfant, j’étais malade, j’ai raté 2 ans de scolarité, et je ne pouvais pas faire de sport. J’étais autant fait pour être arbitre que pour être curé, et pourtant je me suis retrouvé arbitre international après un parcours pour le moins hors du commun.

Tu n’avais pas d’idoles ou de souvenirs de football plus jeune ?

Tu sais, j’ai grandi dans la ferme familiale avec mes grands-parents. Personne ne parlait de football à la maison. Cependant, les gens m’amenaient des revues de sport quand j’étais malade. C’est comme ça que je me suis passionné pour le football mais surtout pour le cyclisme. J’ai rêvé à travers mes lectures des idoles de l’époque.

Tu entames par la suite une brillante carrière d’arbitre qui t'amène jusqu’à la Coupe du Monde en 1982 puis en 1990. Comment as-tu vécu ces moments ?

Ce sont des événements exceptionnels qui nous marquent. Jamais je n’aurais imaginé avoir la chance de vivre ça de l’intérieur. J’ai beaucoup appris notamment en 1982, où peu le savent mais j’étais 4ème arbitre de la finale. Vivre une finale de Coupe du Monde comme ça, de l’intérieur, ce fut un souvenir extraordinaire.

Tu arbitres au total 5 matchs de Coupe du Monde dont 2 de l’Argentine en 1990. À cette époque, je crois que l’Albiceleste tient dans ses rangs un petit joueur, pas vraiment connu, du nom de Diego Maradona. Plus sérieusement, quel souvenir gardes-tu de lui ?

J’en ai un souvenir marquant puisque la demi-finale en 1990 se joue à Naples, où Diego était, et est toujours d’ailleurs, considéré comme un Dieu. Les joueurs italiens étaient particulièrement nerveux parce qu’ils étaient censés être chez eux, à domicile, mais tout le stade encourageait et vibrait pour l’Argentine de Diego Maradona, alors qu’une place en finale de Coupe du Monde était en jeu.

On connaît Maradona pour son double côté ange et démon. As-tu des anecdotes particulières sur cette légende ?

Oui tout à fait. Malgré la réputation sulfureuse qu’il avait, c’est un joueur qui n’usait pas de son statut de star pour mettre la pression sur l’arbitre. Je n’ai jamais eu de soucis avec lui. Je me souviens même d’un quart-de-finale de Coupe d’Europe entre Naples et le Bayern Munich où il s’est fait remplacé à la 75e minute. Il donne son brassard de capitaine à un coéquipier, sort du terrain, puis revient vers ma direction. Je me suis demandé, « Qu’est-ce qu’il veut ? Il vient ronchonner ou se plaindre ? Â». Il est juste venu me serrer la main et me remercier, puis il est parti en direction du banc.

Outre la Coupe du Monde, tu as aussi arbitré à l’Euro, et notamment en 1988 lors de la finale entre les Pays-Bas et l’URSS. On parle souvent de la pression des joueurs avant une finale, mais j’imagine que c'est pareil lorsqu’on doit l’arbitrer ?

Évidemment, la pression est énorme. La marge d’erreur qu’on admet aux joueurs, on ne l’admet pas à l’arbitre. Je me souviens de l’atmosphère de ce match. Il faut savoir que l’URSS a peu de supporters qui se déplacent à l’époque, donc on se retrouve avec un stade olympique de Munich totalement orange acquis à la cause des Pays-Bas. C’était impressionnant, mais il faut tout de suite se re-mobiliser afin de faire le moins d’erreurs possibles.

33 ans plus tard, suis-tu l’Euro actuel ? Qu’en penses-tu pour le moment ?

Pour être honnête, je ne l’ai que survolé. Pour moi, la compétition ne commence toujours qu’à partir des matchs à élimination directe, encore plus depuis le passage à 24 équipes où il n’y a plus de surprises, à part la Turquie peut-être qu’on attendait bien plus forte.

Tu préférais l’ancien système à 16 avec 2 qualifiés par poule ?

Tu sais, j’ai même connu l’Euro avec 8 équipes. On disait que l’Euro était plus dur à gagner que la Coupe du Monde pour cette raison. On attaquait directement par des matchs contre les meilleures équipes. Je trouve que le passage à 24 équipes a enlevé l’intérêt de  ce premier tour.

Pour parler un peu de ton domaine de prédilection, à savoir l’arbitrage. Quel regard portes-tu sur les évolutions de ces dernières années ?

Je suis de l’ancienne génération et personnellement, je n’aurais pas aimé arbitrer avec l’oreillette et le VAR. Les arbitres sont devenus des robots formatés, sans spontanéité. Ils attendent pour signaler un hors-jeu parce qu’ils ont peur de se tromper, ils attendent qu’on leur dise quelque chose dans l’oreillette. Lors du match amical de la France contre le Pays de Galle avant l’Euro, l’arbitre a mis 4 minutes à prendre une décision sur un but. Ça tue l’esprit du jeu, et on l’a encore vu avec la Belgique qui s’est vu refuser un but pour un hors-jeu de poil de mouche contre la Finlande. Le doute devrait profiter au jeu, à l’attaque.

Quels changements faudrait-il apporter ?

J’ai une philosophie qui est qu’une erreur, c’est celle qu’on peut voir à l'œil nu. Si on a besoin de 150 ralentis avec 15 angles différents, ce n’est plus une erreur pour moi. L’arbitrage vidéo devrait servir uniquement au 4ème arbitre lorsqu’il y a une erreur énorme comme la main de Dieu de Maradona ou celle de Henry contre l’Irlande. On oublie que l’arbitrage, c’est beaucoup d’interprétation. Il n’y a pas un humain sur cette planète qui a la même interprétation, la même sensibilité, le même feeling. Ce n’est pas un radar qui peut remplacer l’humain.

Une dernière question où je te demande de te mouiller, qui sera le vainqueur de cet Euro ?

Alors c’est très simple. Étant donné que je me trompe toujours dans mes pronostics, je ne vais pas dire la France ! Très honnêtement, c’est dur à ce niveau de donner un vainqueur. Il y a l’Italie qui m’a agréablement surpris. La Belgique aussi, qui à mon sens aurait déjà dû gagner la dernière Coupe du Monde. Faire un pronostic maintenant, autant faire Pic et Pic et Colégram !