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Exposition rebaptisée à Besançon : Aline Chassagne dénonce une forme de « censure » de la nouvelle majorité municipale

Publié le 15 Oct. 2026 à 10:10
Tags: Politique | culture | Ville de Besançon | ludovic fagaut | aline chassagne |
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Exposition rebaptisée à Besançon : Aline Chassagne dénonce une forme de « censure » de la nouvelle majorité municipale L'élue bisontine Aline Chassagne

Le changement de nom de l’exposition consacrée aux liens entre l’art et l’anarchie, attendue en février 2027 au musée des Beaux-Arts de Besançon, provoque une controverse politique. L’exposition, initialement intitulée « Ni Dieu ni maître », sera présentée sous le nom « L’Art en liberté ». Une décision vivement contestée par Aline Chassagne, conseillère municipale communiste d’opposition et ancienne adjointe à la culture, qui dénonce une intervention politique dans un projet construit depuis plusieurs années par des professionnels des musées.

Un changement de titre qui interroge l'ancienne élue à la culture

La décision de la nouvelle majorité municipale bisontine de rebaptiser l’exposition consacrée à l’anarchie dans les arts suscite une vive réaction d’Aline Chassagne. La municipalité dirigée par Ludovic Fagaut estime que le titre initial, « Ni Dieu ni maître », présente une dimension trop politique. Elle lui préfère « L’Art en liberté », au nom d’une conception du musée comme lieu de culture et de divertissement, à distance des polémiques. Pour l’ancienne adjointe à la culture, cette justification ne tient pas compte du travail scientifique engagé autour de l’événement. « C’est un travail qui est mené depuis quasiment deux ans avec la ville de Roubaix, avec tout un ensemble de scientifiques. Ce changement de titre d’exposition est particulièrement surprenant, voire inquiétant », réagit-elle.

L’élue communiste va plus loin et s’interroge sur la portée politique de cette intervention. Elle accuse le maire LR de pratiquer une forme de « cancel culture », consistant, selon elle, à effacer certains éléments historiques ou culturels au profit de ses propres orientations idéologiques. Aline Chassagne dénonce notamment ce qu’elle considère comme une contradiction entre la défense de la liberté revendiquée par une partie de la droite et la volonté de modifier le titre d’une exposition élaborée par des spécialistes.

L'interview de la rédaction : Aline Chassagne 

Une exposition ancrée dans l'histoire ouvrière et libertaire de Besançon

Au-delà de la controverse politique, l’ancienne élue insiste sur les fondements historiques du projet. L’exposition, conçue en partenariat avec Roubaix et désormais Martigues, doit explorer les relations entre les mouvements libertaires et la création artistique. Elle mobilise plusieurs disciplines, des arts plastiques à l’architecture, en passant par le cinéma, la mode et le design. Pour Aline Chassagne, cette approche trouve une résonance particulière à Besançon, dont l’histoire industrielle et horlogère est marquée par la circulation des idées sociales et libertaires au XIXe siècle. Elle rappelle notamment les échanges entre les ouvriers horlogers bisontins et ceux de La Chaux-de-Fonds, en Suisse, ainsi que l’importance des réflexions autour de la coopération, de l’autogestion et de la remise en cause des rapports de domination. L’élue cite également trois figures historiques associées à Besançon : Pierre-Joseph Proudhon, Gustave Courbet et Victor Hugo. Des personnalités qui, chacune à leur manière, ont interrogé l’ordre social et politique de leur époque. Selon elle, le titre initial permettait précisément de rendre compte de cet héritage et de replacer les œuvres présentées dans leur contexte historique.

L'interview de la rédaction : Aline Chassagne 

La liberté artistique au cœur du désaccord

Aline Chassagne souligne également que le projet ne se limite pas à une approche historique. Il doit mettre en relation des œuvres du XIXe et du début du XXe siècle avec des créations contemporaines, notamment issues du graffiti et des pratiques artistiques actuelles. Elle évoque la présence, dans les collections bisontines, d’œuvres de Paul Signac, ainsi que les donations du couple Besson. Elle précise que la Fondation Signac soutient le projet. L’ancienne adjointe espère néanmoins que le changement de titre n'entraînera aucune modification du contenu scientifique ou de la sélection des œuvres.

« L’exposition ne va pas fondamentalement être changée et les œuvres qui étaient prévues d’être exposées, en tout cas je le souhaite, vont l’être », explique-t-elle. Cette polémique lui rappelle également celle entourant une fresque de l’artiste Nacle consacrée aux violences policières et qui avait été recouverte. Pour Aline Chassagne, ces situations posent une question fondamentale : jusqu’où les responsables politiques peuvent-ils intervenir dans les choix artistiques ? « La liberté de l’artiste, elle est fondamentale. [...] Le politique doit intervenir le moins possible sur cette liberté de l’artiste », affirme-t-elle.

L'interview de la rédaction : Aline Chassagne 

« La culture, c'est profondément politique »

Interrogée sur sa propre expérience à la tête de la politique culturelle bisontine, Aline Chassagne reconnaît que la culture ne peut être totalement dissociée des choix politiques. « Je pense que la culture, c’est profondément politique », admet-elle. Elle distingue toutefois les orientations générales d’une politique culturelle de l’intervention directe des élus dans les propositions scientifiques ou artistiques des établissements. Selon elle, les artistes participent au débat démocratique en questionnant les normes sociales, les rapports de pouvoir et les évolutions de la société. Cette dimension politique de la création ne devrait pas, à ses yeux, justifier une intervention des élus sur le contenu des œuvres ou sur les mots employés pour les présenter.

Pour illustrer son propos, elle revient sur l’exposition « Le Beau Siècle », consacrée au XVIIIe siècle à Besançon, dont la programmation avait été engagée avant son arrivée aux responsabilités. Elle assure ne jamais avoir envisagé d'en modifier l'orientation en fonction de ses propres convictions. « Est-ce que, de par mon orientation politique, je me serais permise de remettre en question la restauration d’un tableau représentant un roi ? Non », souligne-t-elle, rappelant son attachement aux recommandations scientifiques des équipes muséales.

Un débat sur la place du politique dans les musées

Cette controverse dépasse désormais la seule question du titre d’une exposition. Elle révèle deux approches différentes du rôle des responsables municipaux dans la programmation culturelle. La nouvelle majorité assume sa volonté de privilégier un intitulé qu’elle juge moins politique et davantage tourné vers la découverte culturelle. À l’inverse, Aline Chassagne considère que cette décision risque de remettre en cause l’autonomie des professionnels des musées et la liberté de présenter des courants artistiques dans toute leur dimension historique et idéologique. L’élue communiste demande ainsi que le travail engagé par les conservateurs, les historiens et les partenaires scientifiques soit respecté.

L'interview de la rédaction : Aline Chassagne 

À quelques mois de l’ouverture annoncée en février 2027, la question reste donc posée : où se situe la frontière entre la responsabilité politique d’une municipalité dans la gestion de ses établissements culturels et l’indépendance scientifique et artistique des équipes qui conçoivent les expositions ?

Dernière modification le jeudi, 15 octobre 2026 10:16