Séverine Véziès
Après les violences survenues samedi 17 octobre à Besançon, Séverine Veziès, élue bisontine de La France insoumise, livre son analyse de la crise sociale et politique qui traverse le pays. Dans un entretien, elle met en cause la politique d'Emmanuel Macron, dénonce la stratégie de maintien de l'ordre et appelle le gouvernement à répondre aux revendications de la jeunesse. L'élue critique également l'attitude du maire de Besançon, Ludovic Fagaut (LR), qu'elle accuse d'instrumentaliser les événements à des fins politiques. Tout en défendant la légitimité des mobilisations sociales, elle appelle à des manifestations pacifiques.
Une crise sociale profonde, conséquence selon elle de dix années de macronisme
Pour Séverine Veziès, les violences et les tensions sociales observées ces derniers jours ne peuvent être dissociées d'un malaise plus profond qui traverse la société française. L'élue de La France insoumise considère que la situation actuelle résulte directement des politiques conduites depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir. « C'est une crise qui est de toute façon très profonde et qui est le fruit finalement de dix années de macronisme », affirme-t-elle. Elle évoque une accumulation de difficultés sociales et un sentiment de colère qui s'exprime désormais dans la rue. À ses yeux, le gouvernement ne peut espérer une sortie de crise sans apporter de réponses concrètes aux revendications. Séverine Veziès dénonce notamment ce qu'elle qualifie de « stratégie de pourrissement de la situation », estimant que l'exécutif laisse les tensions s'installer plutôt que d'engager un véritable dialogue politique.
L'interview de la rédaction : Séverine Véziès
Trois revendications prioritaires pour répondre à la colère de la jeunesse
L'élue insoumise identifie trois revendications majeures qui, selon elle, doivent constituer la base d'une réponse gouvernementale. Elle réclame tout d'abord un investissement supplémentaire de 10 milliards d'euros en faveur de la jeunesse et des lycées. Elle demande également la suppression de Parcoursup, dont le fonctionnement est contesté par une partie des jeunes mobilisés. Enfin, Séverine Veziès défend un blocage des prix pour répondre aux difficultés de pouvoir d'achat. « Les gens n'en peuvent plus et n'arrivent plus à faire leurs courses et sont complètement pris à la gorge », déclare-t-elle. Pour la représentante de La France insoumise, ces revendications traduisent des préoccupations sociales auxquelles le pouvoir politique doit apporter des réponses rapides. « La solution ne peut être que politique », insiste-t-elle.
Maintien de l'ordre : Séverine Veziès demande un changement de stratégie
Interrogée sur les affrontements qui ont marqué les manifestations, Séverine Veziès met directement en cause les méthodes de maintien de l'ordre. Elle estime que la réponse policière ne peut constituer l'unique réponse à la colère sociale. « On ne peut pas pendant des semaines ne pas les écouter, leur envoyer les forces de l'ordre pour les mater et espérer que tout ça s'apaise », affirme-t-elle. Selon l'élue, cette stratégie risque au contraire d'alimenter les tensions. « La violence amène à la violence », poursuit-elle, tout en affirmant la nécessité de préserver le caractère pacifique des mobilisations. Séverine Veziès appelle donc à une double évolution : un changement de doctrine dans la gestion des manifestations et une réponse politique aux revendications exprimées. Elle affirme également que des manifestants auraient été victimes de violences policières lors des événements de samedi à Besançon.
L'interview de la rédaction : Séverine Véziès
Ludovic Fagaut accusé d'instrumentaliser les violences à des fins politiques
L'élue insoumise critique notamment l'appel au rassemblement lancé par le maire à la suite des violences, dans le prolongement de l'initiative de l'Association des maires de France. Elle estime que cette démarche, présentée comme un appel au rassemblement, a au contraire contribué à accentuer les divisions. « Je regrette finalement que l'appel à rassemblement qu'a initié Monsieur Fagaut suite à la demande de l'AMF était lui-même très clivant », déclare-t-elle. Pour Séverine Veziès, un rassemblement destiné à défendre les valeurs républicaines ne peut faire abstraction des revendications sociales portées par les jeunes manifestants. Elle reproche également au maire de mettre en cause La France insoumise plutôt que d'interroger la responsabilité du gouvernement dans la crise actuelle. « Il utilise ces événements pour des jeux politiciens locaux. C'est absolument irresponsable », affirme-t-elle.
L'interview de la rédaction : Séverine Véziès
« Les véritables responsables sont à l'Élysée et au gouvernement »
Séverine Veziès élargit sa critique à certains responsables politiques bisontins, qu'elle accuse de chercher à tirer profit des événements. Selon elle, les réactions politiques locales détournent l'attention des causes profondes de la mobilisation. « Les véritables responsables de cette situation, ils sont à l'Élysée, ils sont au gouvernement », soutient-elle. L'élue estime que les revendications de la jeunesse sont légitimes et que l'absence de réponse politique contribue à entretenir la colère. Elle considère également que La France insoumise est particulièrement visée dans le débat politique local en raison de son opposition à la majorité municipale.
De nouvelles manifestations envisagées samedi prochain
Interrogée sur la possibilité de nouveaux rassemblements samedi 24 octobre, Séverine Veziès estime que la mobilisation sociale pourrait se poursuivre. « Je pense effectivement qu'il va y avoir d'autres rassemblements », indique-t-elle, sans confirmer l'organisation d'une manifestation précise. Elle rappelle que La France insoumise soutient les mouvements sociaux, mais ne revendique pas leur organisation. L'élue souhaite notamment que les syndicats prennent toute leur place dans l'encadrement des prochaines mobilisations, afin d'éviter de nouveaux débordements. « On compte sur les syndicats pour permettre finalement une mobilisation encadrée et faire en sorte que tout ceci se passe bien », explique-t-elle.
L'interview de la rédaction : Séverine Véziès
« La violence ne sert pas nos revendications, elle va les desservir »
Malgré ses critiques à l'encontre du gouvernement et des forces de l'ordre, Séverine Veziès affirme clairement son opposition aux violences qui pourraient accompagner les prochaines manifestations. « La violence ne sert pas nos revendications, elle va les desservir », reconnaît-elle. Elle plaide pour la poursuite d'un mouvement social pacifique, tout en renouvelant ses accusations concernant les méthodes policières employées lors des derniers rassemblements. Pour l'élue insoumise, la sortie de crise passe donc par une mobilisation encadrée, une évolution des pratiques de maintien de l'ordre et, surtout, une réponse gouvernementale aux revendications sociales.