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Mobilisation des médecins libéraux : un cri d’alerte pour l’avenir du système de santé

Publié le 06 Jan. 2026 à 18:01
Tags: Santé |
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Mobilisation des médecins libéraux : un cri d’alerte pour l’avenir du système de santé

Depuis lundi, les médecins libéraux sont engagés dans un mouvement de mobilisation qui doit se poursuivre jusqu’au 15 janvier. Une mobilisation d’ampleur nationale, soutenue en région par l’Union Régionale des Médecins Libéraux (URML), pour dénoncer une dégradation continue du système de santé et alerter sur les conséquences pour les patients.

L'interview de la rédaction : Docteur Eric Blondet, président de  l’Union Régionale des Médecins Libéraux (URML) en Bourgogne Franche-Comté

Un ras-le-bol face aux décisions politiques

Pour le docteur Éric Blondet, président de l’URML Bourgogne-Franche-Comté, cette mobilisation est avant tout « un cri d’alerte, un ras-le-bol, une colère des professionnels de santé ». Médecins libéraux, généralistes comme spécialistes, dénoncent une perte progressive de leur indépendance professionnelle, notamment à travers des décisions législatives jugées de plus en plus contraignantes. En ligne de mire : l’évolution du dialogue conventionnel et le rôle de l’Assurance maladie, perçue comme devenant « toute-puissante » dans la fixation des honoraires et des pratiques médicales. « C’est comme demander à un assureur de fixer le prix de votre mécanicien ou de dicter les prescriptions de votre médecin », illustre le Dr Blondet, évoquant notamment les mesures de limitation des durées de prescription.

Une remise en cause de la relation de soins

Au-delà des conditions d’exercice, les médecins alertent sur une remise en cause profonde de la relation de confiance entre le patient et son soignant. « Si le médecin est contraint par des injonctions politiques ou administratives, quelle confiance peut-on encore lui accorder ? », interroge le président de l’URML. Selon lui, cette évolution fragilise l’ensemble du système de santé français, à un moment où plusieurs indicateurs sont déjà préoccupants : hausse de la mortalité infantile depuis une dizaine d’années, baisse de l’espérance de vie en bonne santé, pénuries de médicaments et de matériel médical, ou encore manque d’anticipation face aux crises sanitaires.

L'interview de la rédaction : Docteur Eric Blondet, président de  l’Union Régionale des Médecins Libéraux (URML) en Bourgogne Franche-Comté

Une mobilisation au service des patients

Si le mouvement concerne directement les professionnels, il se veut avant tout au service de la population. « Cela concerne les patients d’aujourd’hui et ceux de demain. Nous sommes tous appelés à être malades un jour », rappelle le Dr Blondet. Les médecins dénoncent un manque de moyens pour innover, réduire les délais de prise en charge et développer de nouvelles organisations de soins, tant sur le plan thérapeutique que diagnostique. Ils pointent également une succession de réformes et de dispositifs – maisons de santé, CPTS, nouvelles labellisations – lancés sans vision à long terme ni financements clairement définis. « On a le sentiment que le pilote de l’avion change tous les six mois », déplore-t-il.

Des professions en souffrance et moins attractives

Autre inquiétude majeure : l’attractivité des métiers de la santé. Médecins, mais aussi infirmiers, kinésithérapeutes ou pharmaciens, seraient aujourd’hui en souffrance. « Nos professions n’attirent plus les jeunes, et ceux qui les choisissent exercent de moins en moins », alerte le président de l’URML, évoquant un véritable sujet de société. La mobilisation rassemble ainsi l’ensemble des spécialités, des médecins généralistes aux spécialistes hospitaliers ou de ville, tous estimant être « au point de rupture ».

Une détermination intacte jusqu’au 15 janvier

La mobilisation doit se poursuivre jusqu’au 15 janvier, et les médecins se disent déterminés à aller jusqu’au bout. « Quand on choisit ces métiers, c’est par altruisme, pour aider des personnes en situation de vulnérabilité. Aujourd’hui, on a le sentiment qu’on ne nous donne plus les moyens de le faire », conclut le Dr Éric Blondet.

Un combat que les médecins libéraux entendent mener non seulement pour leur profession, mais aussi pour l’avenir du système de santé français.

Dernière modification le mardi, 06 janvier 2026 19:03