À Besançon, ce mardi, les forces de sécurité de la zone Est ont participé à une formation spécifique consacrée à la « méthodologie attentat ». Les effectifs venus de Besançon, Montbéliard, Vesoul et Lons-le-Saunier ont ainsi été réunis pour un exercice grandeur nature visant à les préparer à la gestion de scènes de crime d’ampleur exceptionnelle. L’opération s’est déroulée dans les anciens locaux du jardin botanique. « C’est un temps de formation », résume le chef d’unité nationale d’intervention. Une formation pas tout à fait comme les autres : elle concerne des situations que les enquêteurs ne rencontrent, fort heureusement, que rarement dans leur carrière.
Trois secteurs, un scénario, des victimes fictives
L’exercice reposait sur un scénario simulant une attaque avec explosif lors d’un concert. Trois secteurs distincts ont été délimités, chacun comportant des auteurs présumés et des victimes — toutes fictivement décédées dans le cadre de l’entraînement. Avant toute intervention des techniciens en investigation criminelle, la phase de secours aux victimes est considérée comme terminée. Les lieux doivent également être sécurisés : levée de doute, passage des équipes de déminage, autorisation d’accès à la scène. Ce n’est qu’une fois ces étapes franchies que le travail d’investigation approfondi peut débuter.
L'interview de la rédaction : chef d’unité nationale d’intervention
Une méthode différente des scènes de crime classiques
Si les services sont habitués à traiter des scènes de crime au quotidien, un attentat impose une organisation radicalement différente. La volumétrie d’indices, la multiplicité des zones impactées et la coordination entre services nécessitent une méthodologie spécifique. Dans un premier temps, les premiers intervenants effectuent des prélèvements d’urgence afin d’identifier rapidement les auteurs. Ensuite, une seconde phase s’ouvre : ratissage complet des secteurs, inventaire précis des éléments, exploitation méthodique des indices. L’objectif est clair : orienter efficacement l’enquête et permettre une exploitation rigoureuse des traces et indices relevés sur place.
Une traçabilité essentielle
L’un des piliers de cette méthodologie repose sur une traçabilité exhaustive. Chaque élément prélevé est référencé avec précision : secteur, emplacement exact, circonstances de découverte. « Quand on se retrouve avec 400 scellés à la fin des investigations, il faut savoir exactement d’où provient chacun d’eux », explique le responsable de la formation. Cette exigence répond à une nécessité judiciaire. En cas de procès, les enquêteurs doivent être en mesure de démontrer avec précision l’origine d’un scellé, le contexte de sa découverte et la chaîne de conservation.
L'interview de la rédaction : Laurent Perraut, directeur interdépartemental de la police nationale dans le Doubs
Une méthode en constante évolution
La méthodologie attentat n’est pas figée. Elle évolue au fil des retours d’expérience tirés des affaires passées, notamment après l’attentat de Nice en 2016 ou l’assassinat de Samuel Paty. Chaque événement majeur permet d’adapter les pratiques, d’affiner les procédures et d’améliorer la coordination entre services. Cette souplesse constitue l’un des atouts majeurs du dispositif.
La formation organisée à Besançon avait ainsi pour objectif une « acculturation » des équipes : présentation théorique le matin, mise en pratique l’après-midi, dans un format volontairement réduit pour favoriser l’appropriation des techniques. Face à la menace terroriste et aux crimes de grande ampleur, les forces de l’ordre misent donc sur l’anticipation et la préparation. Des exercices discrets mais essentiels, pour être prêts à affronter l’exceptionnel.